« Vous êtes spécialiste ? » La question est légitime, et la réponse honnête, en France, est plus nuancée qu'un oui ou un non. Le mot « parodontologue » recouvre des parcours de formation variés, du diplôme universitaire d'un an au troisième cycle de trois ans à temps plein, et la réglementation encadre strictement ce qu'un praticien peut écrire sur sa plaque. Voici de quoi comprendre ce qui se cache derrière le titre, et poser les bonnes questions.
Le socle : six ans de chirurgie dentaire
Tout parodontologue est d'abord chirurgien-dentiste. En France, cela suppose six années d'études après le baccalauréat : une première année d'accès aux études de santé (PASS ou L.AS), puis cinq années en faculté d'odontologie, alternant enseignements théoriques, travaux pratiques et stages cliniques en centre de soins hospitalier. Le cursus se conclut par une thèse d'exercice et l'obtention du diplôme d'État de docteur en chirurgie dentaire, qui donne le droit d'exercer après inscription à l'Ordre.
La parodontologie fait partie du programme : dès la troisième année, les étudiants apprennent à sonder, à diagnostiquer une gingivite ou une parodontite, à réaliser un détartrage et un surfaçage. Tout chirurgien-dentiste est donc formé et habilité à traiter les maladies des gencives. Ce qui distingue le parodontologue, c'est la profondeur de cette formation et la place qu'il lui donne dans son exercice.
Les parcours de formation en parodontologie
Le diplôme universitaire (D.U.) ou interuniversitaire (D.I.U.)
C'est la voie la plus répandue. Proposé par une dizaine de facultés d'odontologie, le D.U. de parodontologie se déroule sur un ou deux ans, à raison de plusieurs sessions par mois, et associe cours théoriques, travaux pratiques sur modèles et, selon les universités, activité clinique encadrée. Certains D.U. sont centrés sur la parodontologie médicale et chirurgicale, d'autres sur l'implantologie ou la parodontologie et implantologie associées. Le D.U. est un diplôme d'université, reconnu et affichable, mais il ne confère pas le titre de spécialiste.
Le certificat d'études supérieures (C.E.S.)
Le C.E.S. de parodontologie est un diplôme national d'un an, historiquement la formation de référence, aujourd'hui moins fréquent. Beaucoup de praticiens expérimentés en sont titulaires.
Le D.E.S. de médecine bucco-dentaire
Depuis 2011, les chirurgiens-dentistes peuvent accéder par concours à l'internat en odontologie, qui ouvre sur trois diplômes d'études spécialisées (D.E.S.) de trois ans : orthopédie dento-faciale, chirurgie orale et médecine bucco-dentaire. Ce dernier comprend une formation approfondie en parodontologie, aux côtés de la dermatologie buccale, de la prise en charge des patients à risque médical et de la pathologie de la muqueuse. Son titulaire est spécialiste qualifié en médecine bucco-dentaire, l'un des rares titres de spécialiste reconnus par l'Ordre, et peut légitimement afficher cette qualification.
Les formations des sociétés savantes et les programmes européens
La Société française de parodontologie et d'implantologie orale (SFPIO), la Fédération européenne de parodontologie (EFP), l'International Team for Implantology (ITI) ou l'Association dentaire française proposent des cycles de formation continue, des congrès et des cursus structurés. L'EFP accrédite par ailleurs, dans plusieurs pays européens, des programmes de troisième cycle de trois ans à temps plein, qui constituent la formation la plus complète en parodontologie et implantologie. Ces cursus sont peu nombreux et sélectifs.
La formation continue et l'expérience
Au-delà des diplômes, la compétence se construit par l'exercice : nombre de bilans réalisés, de surfaçages, de chirurgies, de greffes, de cas suivis sur des années. Un praticien qui consacre l'essentiel de son activité au parodonte accumule une expérience que la pratique occasionnelle ne permet pas, même avec un diplôme identique. C'est pourquoi l'orientation réelle de l'exercice est un critère au moins aussi important que le diplôme, comme nous l'expliquons dans comment choisir son parodontologue.
Pourquoi la parodontologie n'est pas une « spécialité » en France
Contrairement à la médecine, où les spécialités sont nombreuses, la chirurgie dentaire française ne reconnaît que trois spécialités, accessibles par l'internat : l'orthopédie dento-faciale, la chirurgie orale et la médecine bucco-dentaire. La parodontologie, comme l'endodontie, la pédodontie, la prothèse ou l'implantologie, est considérée comme une discipline de l'omnipratique, que tout chirurgien-dentiste peut exercer.
Cette situation est régulièrement débattue par les sociétés savantes, qui plaident pour une reconnaissance calquée sur le modèle européen. En attendant, elle a une conséquence pratique pour le patient : le mot « parodontologue » n'étant pas un titre protégé, c'est à vous de vous renseigner sur la formation et l'expérience du praticien.
Et à l'étranger ?
Dans de nombreux pays, la parodontologie est une spécialité à part entière :
- Belgique : le titre de « dentiste spécialiste en parodontologie » existe depuis 2002, au terme d'une formation de trois ans.
- Suisse : le titre de « médecin-dentiste spécialiste en parodontologie » est délivré après un cursus postgrade structuré.
- Québec et Canada : le parodontiste est un spécialiste reconnu par l'Ordre des dentistes, après trois ans de résidence.
- États-Unis : le periodontist suit trois ans de résidence après le diplôme dentaire et peut obtenir une certification de l'American Board of Periodontology.
- Union européenne : la parodontologie est reconnue comme spécialité dans une partie des États membres, et l'EFP œuvre à l'harmonisation des cursus.
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Parodontologue, parodontiste, parodontologiste
Ces trois termes désignent exactement le même praticien. « Parodontologue » est le plus employé en France, « parodontiste » domine dans les pays francophones où la spécialité est reconnue (Belgique, Suisse, Québec), et « parodontologiste » est plus rare. Vous rencontrerez aussi « périodontiste », calque de l'anglais periodontist. Aucun de ces mots ne renseigne, à lui seul, sur le niveau de formation.
Ce qu'un praticien a le droit d'afficher
Les règles de communication des chirurgiens-dentistes ont été assouplies par un décret de décembre 2020 : les praticiens peuvent désormais informer le public sur leurs compétences et pratiques professionnelles, à condition de rester loyaux, honnêtes et de ne pas induire en erreur. Concrètement, un praticien peut :
- mentionner ses diplômes universitaires reconnus par l'Ordre (D.U., D.I.U., C.E.S., D.E.S.) et ses titres ;
- indiquer une orientation de son exercice (« exercice orienté en parodontologie ») ou un exercice exclusif ;
- mentionner son appartenance à des sociétés savantes.
En revanche, il ne peut se présenter comme « spécialiste en parodontologie », ce titre n'existant pas en France, ni comme spécialiste qualifié s'il n'est pas titulaire d'un D.E.S. La distinction peut sembler subtile, mais elle vous protège : un praticien qui respecte cette règle vous donne un premier indice de sa rigueur.
Comment vérifier la formation d'un praticien
- L'annuaire de l'Ordre national des chirurgiens-dentistes confirme l'inscription du praticien et ses qualifications reconnues.
- L'annuaire santé de l'Assurance Maladie donne les coordonnées et le secteur conventionnel.
- Le site du cabinet ou la fiche de rendez-vous en ligne détaillent en général les diplômes et l'orientation.
- La question directe : demandez au praticien quelle formation il a suivie et quelle part de son activité concerne la parodontologie. Un praticien formé répond volontiers.
Pour situer l'exemple de ce site : le Dr Rebecca Cohen, qui exerce à Lagny-sur-Marne, est docteur en chirurgie dentaire de l'Université Paris Cité, titulaire du D.U. de Parodontologie de l'Université Nice-Sophia-Antipolis, membre de l'ITI, et a complété son parcours par des formations en implantologie orale et en dentisterie restauratrice. Son exercice est orienté vers la parodontologie, conformément aux règles rappelées ci-dessus. Vous trouverez le détail sur la page de l'équipe.