Le laser fascine, et l'industrie dentaire l'a bien compris : « parodontite traitée au laser », « fini le surfaçage », « sans douleur, sans saignement, sans chirurgie ». Ces slogans se retrouvent sur de nombreux sites de cabinets. Ils appellent une réponse fondée sur les données, pas sur l'enthousiasme technologique. Cet article la donne, en s'appuyant sur les revues systématiques et sur les recommandations de la Fédération européenne de parodontologie, que suit tout parodontologue formé.

Les lasers utilisés en parodontologie

Plusieurs types de lasers, définis par leur longueur d'onde et leur milieu actif, sont proposés en parodontologie :

Type de laserCe qu'il faitUsage revendiqué en parodontologie
Laser diodeAbsorbé par les pigments et l'hémoglobine ; action sur les tissus mousDécontamination des poches, chirurgie gingivale, hémostase
Laser Nd:YAGPénétration plus profonde dans les tissus mousÉlimination de l'épithélium de poche, protocoles « sans lambeau »
Laser Er:YAG et Er,Cr:YSGGAbsorbé par l'eau ; capable d'ablater tartre et tissus dursAlternative ou complément au surfaçage, chirurgie osseuse
Laser CO2Tissus mous, coupe et coagulationChirurgie gingivale, lésions muqueuses
Laser basse énergie (LLLT)Pas d'effet thermique ; « biostimulation »Réduction de la douleur et de l'inflammation

À ces lasers s'ajoute la thérapie photodynamique antimicrobienne (aPDT), qui associe un colorant photosensibilisant déposé dans la poche et une lumière (laser ou LED) qui l'active pour produire des espèces réactives de l'oxygène toxiques pour les bactéries.

Ce que l'on prête au laser

Les bénéfices avancés sont de trois ordres : une décontamination plus complète des poches (destruction des bactéries, y compris dans les tissus), une élimination sélective du tissu inflammatoire et du tartre sans toucher la racine saine, et un confort supérieur (moins de saignement, moins de douleur, cicatrisation accélérée par biostimulation). Sur le papier, ces mécanismes sont plausibles. La question est de savoir s'ils se traduisent par un bénéfice mesurable pour le patient : moins de poches, moins de saignement, moins de dents perdues, par rapport au traitement conventionnel.

Ce que montrent les études

Le sujet a été abondamment étudié, avec des dizaines d'essais cliniques et plusieurs revues systématiques et méta-analyses. Leurs conclusions convergent :

  • Laser en complément du surfaçage (diode, Nd:YAG, Er:YAG) : les différences de profondeur de poche et de gain d'attache par rapport au surfaçage seul sont nulles ou minimes, de l'ordre de quelques dixièmes de millimètre, sans pertinence clinique, et les résultats sont hétérogènes d'une étude à l'autre.
  • Laser Er:YAG à la place du surfaçage : les résultats sont comparables à ceux de l'instrumentation conventionnelle, pas supérieurs, pour un coût d'équipement et de séance plus élevé.
  • Thérapie photodynamique en complément : bénéfice à court terme faible et inconstant, sans effet démontré à moyen terme.
  • Confort : les données sur la douleur post-opératoire sont contradictoires ; le surfaçage sous anesthésie est lui-même indolore, et ses suites sont légères.
  • Péri-implantite : aucune supériorité démontrée des lasers sur les autres méthodes de décontamination de la surface implantaire.

Autrement dit, la science ne dit pas que le laser est inefficace : elle dit qu'il ne fait pas mieux que le surfaçage bien réalisé, qui reste l'étape 2 des quatre étapes du traitement parodontal.

La position des recommandations européennes

Les recommandations de pratique clinique de la Fédération européenne de parodontologie (2020), élaborées après revue systématique de la littérature et consensus d'experts, sont explicites sur les adjuvants du surfaçage :

Concernant l'utilisation des lasers en complément de l'instrumentation sous-gingivale, le groupe suggère de ne pas les utiliser. Concernant la thérapie photodynamique antimicrobienne en complément de l'instrumentation sous-gingivale, le groupe suggère de ne pas l'utiliser.

Sanz M. et al., EFP S3 level clinical practice guideline, Journal of Clinical Periodontology, 2020 (formulation résumée).

Ces recommandations sont reprises par les sociétés savantes nationales, dont la Société française de parodontologie et d'implantologie orale. Elles ne sont pas figées : si de nouvelles études démontraient un bénéfice, elles seraient révisées. Mais à ce jour, un cabinet qui présente le laser comme le traitement de la parodontite s'écarte des recommandations en vigueur.

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Et la thérapie photodynamique ?

Séduisante parce qu'elle ne génère pas de résistance bactérienne, contrairement aux antibiotiques, la thérapie photodynamique a fait l'objet de nombreux essais. Les méta-analyses concluent à un effet additionnel faible, de courte durée, et non significatif sur le plan clinique. Elle peut avoir un intérêt sur des sites ponctuels réfractaires, chez des patients chez qui les antibiotiques sont contre-indiqués, mais pas en routine. Les recommandations européennes suggèrent de ne pas l'utiliser en complément systématique.

Là où le laser est réellement utile

Il serait injuste de réduire le laser à un argument marketing. Il a des indications solides, en parodontologie et au-delà :

  • La chirurgie des tissus mous : gingivectomie, frénectomie, exérèse de petites lésions, dégagement d'une dent incluse, avec une précision et une hémostase remarquables, souvent sans sutures.
  • L'allongement coronaire esthétique et le remodelage gingival avant prothèse.
  • Le traitement des aphtes et de l'herpès labial, avec un soulagement rapide.
  • La désensibilisation des collets dentaires exposés.
  • Le blanchiment et certains actes d'endodontie.
  • La biostimulation post-chirurgicale, dont l'effet sur le confort est modeste mais réel chez certains patients.

Dans ces indications, le laser est un outil de qualité entre les mains d'un praticien formé. Ce qu'il n'est pas, c'est un substitut au diagnostic, au surfaçage, à la chirurgie régénératrice ou à la maintenance.

Décoder les arguments commerciaux

L'argumentLa réalité
« Traitement sans douleur »Le surfaçage sous anesthésie locale est lui aussi indolore ; les suites des deux approches sont comparables.
« Sans chirurgie »Le surfaçage n'est pas une chirurgie non plus. Et lorsqu'une chirurgie est nécessaire, le laser ne la remplace pas.
« Élimine les bactéries en profondeur »Le surfaçage désorganise le biofilm aussi efficacement ; les bactéries recolonisent la poche dans les deux cas, d'où la maintenance.
« Fait repousser l'os »Aucune donnée solide ne montre une régénération osseuse attribuable au laser. La régénération relève de la chirurgie avec biomatériaux, dans des défauts favorables.
« Une seule séance suffit »La parodontite est chronique : aucune technique ne dispense de la réévaluation et du suivi.
« Technologie de pointe »Les premiers lasers dentaires datent des années 1990. La technologie est mature, pas révolutionnaire.

Les questions à poser si l'on vous propose un traitement laser

  1. Un bilan parodontal complet (sondage, charting, radiographies) a-t-il été réalisé avant la proposition ?
  2. Le laser est-il proposé à la place ou en complément du surfaçage ?
  3. Quel est le surcoût lié au laser, et que m'apporte-t-il de démontré par rapport au traitement conventionnel ?
  4. Une réévaluation à 8-12 semaines et une maintenance sont-elles prévues ?
  5. Que se passe-t-il si les poches persistent après le traitement laser ?

Un praticien de bonne foi répondra que le laser est un complément optionnel, pas un traitement à lui seul. Retrouvez les autres signaux d'alerte dans comment choisir son parodontologue. Au cabinet Parodonto'Lagny, à Lagny-sur-Marne, le traitement de la parodontite suit les recommandations européennes : instrumentation sous-gingivale, réévaluation, chirurgie si nécessaire, maintenance. Nous ne présentons aucune technologie comme un raccourci.