Une dent qui bouge ou une gencive qui saigne sont des symptômes ; ils ne disent ni combien d'os a été perdu, ni à quelle vitesse, ni quelles dents sont menacées. Seul le bilan parodontal répond à ces questions, chiffres à l'appui. C'est l'acte fondateur de toute prise en charge : sans lui, pas de diagnostic, et sans diagnostic, pas de traitement adapté. Voici ce qu'il contient, examen par examen.
Pourquoi un bilan, et pas un simple coup d'œil
La parodontite détruit l'os sous la gencive, là où le regard ne porte pas. Deux bouches d'apparence identique peuvent cacher, pour l'une, des gencives saines, pour l'autre, des poches de 8 mm. À l'inverse, des gencives très inflammatoires peuvent correspondre à une simple gingivite, sans atteinte osseuse. Distinguer ces situations demande de mesurer : la profondeur des poches, le niveau de l'os, l'étendue et la vitesse de la destruction. C'est ce que fait le bilan, et c'est ce qui permet ensuite de classer la maladie, d'établir un pronostic dent par dent, de choisir le traitement et d'en mesurer l'effet. Un traitement proposé sans bilan est un traitement à l'aveugle, comme le rappelle notre article comment choisir son parodontologue.
L'entretien et l'examen clinique
Le bilan commence par un questionnaire médical et un entretien : antécédents généraux (diabète, maladies cardiovasculaires, traitements), tabac, antécédents familiaux, historique dentaire, symptômes ressentis, habitudes d'hygiène. Ces données ne sont pas accessoires : elles déterminent le grade de la maladie, c'est-à-dire son risque de progression.
L'examen clinique observe ensuite l'aspect des gencives (couleur, volume, texture, saignement spontané), la quantité de plaque et de tartre, les récessions, les migrations dentaires, l'état des restaurations et des prothèses, l'occlusion, les muqueuses. Un indice de plaque est souvent relevé après coloration, pour objectiver l'hygiène.
Le sondage parodontal, en détail
C'est l'examen central. La sonde parodontale est un instrument fin, à extrémité arrondie, gradué en millimètres. Le praticien la glisse doucement dans le sillon entre la gencive et la dent, jusqu'à ce qu'elle rencontre une résistance, avec une pression légère et constante (environ 0,25 newton, soit le poids d'une pièce de monnaie). Chaque dent est mesurée en six points : trois du côté de la joue, trois du côté de la langue ou du palais. Pour 28 dents, cela fait 168 mesures.
Pour chaque point, plusieurs données sont relevées :
- la profondeur de sondage : distance entre le bord de la gencive et le fond du sillon. De 1 à 3 mm, le sillon est normal ; à partir de 4 mm, on parle de poche parodontale ; à 6 mm et plus, la poche est profonde ;
- le saignement au sondage : s'il apparaît dans les secondes qui suivent, le site est inflammatoire. Le pourcentage de sites qui saignent est un indicateur clé de l'activité de la maladie ;
- la récession : distance entre la jonction émail-cément (limite de la couronne) et le bord de la gencive, lorsque celle-ci s'est rétractée ;
- le niveau d'attache clinique : somme de la profondeur de sondage et de la récession. C'est la mesure de référence de la destruction, celle qui définit le stade ;
- la suppuration, le cas échéant.
S'y ajoutent, dent par dent, la mobilité (de 0 à 3) et, pour les molaires, l'atteinte des furcations, l'espace entre les racines (classes I à III). Le sondage est indolore sur une gencive saine, légèrement sensible sur une gencive inflammatoire, et ne nécessite pas d'anesthésie.
Le charting : la carte de votre bouche
Toutes ces mesures sont reportées sur un charting (ou parodontogramme) : un schéma des deux arcades sur lequel chaque dent apparaît avec ses six valeurs de sondage, ses saignements, ses récessions, sa mobilité et ses furcations. Les logiciels actuels les présentent en couleurs : vert pour les sites sains, orange pour les poches modérées, rouge pour les poches profondes. D'un seul regard, on voit l'étendue et la localisation de la maladie.
Le charting a trois fonctions : établir le diagnostic initial, servir de référence pour la réévaluation après traitement, et permettre le dépistage des récidives en maintenance, en comparant les valeurs de séance en séance. C'est un document qui vous appartient : demandez-en une copie, et emportez-le si vous changez de praticien.
Vous n'avez jamais eu de sondage parodontal ?
Après 40 ans, ou dès le moindre saignement, un bilan de dépistage prend moins d'une heure et vous donne un point de référence pour les années à venir.
Les radiographies
Le sondage mesure les tissus mous ; les radiographies mesurent l'os. Elles sont indispensables au bilan, et leurs modalités varient :
- Le bilan rétro-alvéolaire long cône : une série de 10 à 14 petits clichés, réalisés avec un angulateur pour une géométrie reproductible. C'est l'examen de référence en parodontologie, car il montre précisément le niveau osseux autour de chaque racine, les défauts verticaux, les atteintes de furcation et le tartre sous-gingival.
- Les clichés interproximaux (« bitewings ») : utiles pour les pertes osseuses débutantes entre les dents postérieures.
- La radiographie panoramique : vue d'ensemble, pratique pour le dépistage, mais moins précise et parfois déformée ; elle ne remplace pas le bilan rétro-alvéolaire pour un traitement parodontal.
- Le cone beam (imagerie 3D) : réservé aux situations complexes, à la planification implantaire ou à certaines atteintes de furcation ; il n'est pas systématique.
Les clichés numériques actuels délivrent une irradiation très faible. La perte osseuse est exprimée en pourcentage de la longueur de la racine, une donnée qui, rapportée à votre âge, contribue à définir le grade.
Photographies et examens complémentaires
Des photographies des gencives documentent l'état initial et facilitent les explications. Des tests microbiologiques (identification des bactéries) ou génétiques existent mais ne sont pas recommandés en routine : ils ne changent pas le traitement dans la grande majorité des cas. Un bilan sanguin (glycémie, hémoglobine glyquée) peut être demandé en cas de suspicion de diabète non diagnostiqué, fréquent chez les patients atteints de parodontite sévère.
La synthèse : diagnostic, pronostic, plan de traitement
Le bilan se conclut par trois éléments que le praticien vous explique :
- Le diagnostic, selon la classification internationale de 2017 : santé parodontale, gingivite, ou parodontite avec son stade (I à IV), son grade (A à C) et son étendue (localisée ou généralisée).
- Le pronostic, global et dent par dent : bon, réservé ou défavorable, en fonction de la perte osseuse, des furcations, de la mobilité et de la valeur stratégique de la dent.
- Le plan de traitement, séquencé selon les 4 étapes du traitement parodontal, avec son calendrier et son devis.
Comment lire vos résultats
| Mesure | Valeur | Interprétation |
|---|---|---|
| Profondeur de sondage | 1 à 3 mm | Sillon normal |
| Profondeur de sondage | 4 à 5 mm | Poche modérée, traitement non chirurgical |
| Profondeur de sondage | 6 mm et plus | Poche profonde, chirurgie possible si elle persiste après surfaçage |
| Saignement au sondage | Moins de 10 % des sites | Santé parodontale (ou parodontite stabilisée) |
| Saignement au sondage | 10 à 30 % des sites | Inflammation localisée |
| Saignement au sondage | Plus de 30 % des sites | Inflammation généralisée |
| Perte d'attache interdentaire | 1-2 mm / 3-4 mm / 5 mm et plus | Stade I / II / III-IV |
| Mobilité | 0 / 1 / 2 / 3 | Physiologique / légère / modérée / sévère (mobilité verticale) |
| Furcation | Classe I / II / III | Débutante / partielle / traversante |
Un bilan parodontal « satisfaisant » après traitement se définit par des poches de 4 mm au plus, sans saignement, et moins de 10 % de sites saignants : c'est l'objectif du traitement, et le critère de stabilité surveillé en maintenance.
Quand refaire un bilan ?
- À la réévaluation, 8 à 12 semaines après le surfaçage, pour mesurer le résultat et décider de la suite.
- À chaque séance de maintenance, sous forme de sondage complet comparé au charting précédent.
- Tous les ans, un bilan complet avec mise à jour des radiographies tous les deux à trois ans, ou plus tôt en cas d'évolution.
- Avant tout projet d'implant, d'orthodontie ou de prothèse importante.
Le bilan parodontal est un acte hors nomenclature (80 à 250 € selon les cabinets), pris en charge sur une base de 50 € chez les patients diabétiques et atteints de certaines pathologies. Les radiographies sont remboursées. Voir prix et remboursement. Au cabinet Parodonto'Lagny, à Lagny-sur-Marne, chaque prise en charge commence par ce bilan complet, dont le déroulement est décrit dans première consultation chez le parodontologue et sur notre page diagnostic.