« Mon mari a une parodontite, est-ce que je vais l'attraper ? » « Puis-je embrasser mes enfants ? » « Dois-je séparer nos couverts ? » Ces questions, posées avec une pointe d'inquiétude, reviennent régulièrement en consultation. Elles méritent une réponse précise, parce que la vérité se situe entre deux idées fausses : « la parodontite est contagieuse » et « les bactéries n'ont rien à voir ».
La réponse courte
La parodontite n'est pas une maladie contagieuse au sens où l'entend la médecine : il n'existe pas d'agent unique qui, transmis, provoque la maladie chez la personne exposée. En revanche, les bactéries qui y participent se transmettent entre personnes proches, par la salive. Cette transmission est une condition nécessaire mais pas suffisante : pour qu'une parodontite se déclare, il faut un terrain favorable, une hygiène insuffisante et du temps. C'est cette nuance que détaille le reste de l'article.
Des bactéries qui se transmettent
La bouche héberge plusieurs centaines d'espèces bactériennes, pour la plupart inoffensives. Quelques-unes sont particulièrement associées à la parodontite : Porphyromonas gingivalis, Treponema denticola, Tannerella forsythia (le « complexe rouge ») et Aggregatibacter actinomycetemcomitans, impliqué dans les formes précoces du jeune adulte. Ces bactéries vivent dans les poches parodontales et dans la salive.
Des études utilisant le typage génétique des souches ont montré que les conjoints partagent souvent les mêmes souches de P. gingivalis ou d'A. actinomycetemcomitans, et que les enfants hébergent fréquemment les souches de leurs parents, en particulier de leur mère. La transmission se fait par la salive : baisers, partage de couverts, de verres, de brosses à dents, cuillère goûtée avant d'être donnée à un bébé. Elle est d'autant plus probable que le porteur a une parodontite active, avec une charge bactérienne élevée.
Pourquoi transmission ne veut pas dire maladie
Si la présence de ces bactéries suffisait, toute personne vivant avec un patient atteint développerait une parodontite. Ce n'est pas le cas, et cela tient à la nature de la maladie : la parodontite est une réaction inflammatoire excessive de l'hôte face au biofilm, pas une simple infection. Plusieurs conditions doivent être réunies :
- un biofilm mature, c'est-à-dire de la plaque non éliminée pendant des jours et des semaines, dans laquelle les bactéries pathogènes trouvent un environnement favorable. Une hygiène efficace, en désorganisant le biofilm chaque jour, empêche cette maturation même si les bactéries sont présentes ;
- une susceptibilité individuelle, en partie génétique : la façon dont votre système immunitaire réagit à ces bactéries, l'intensité de l'inflammation qu'il produit, varient d'une personne à l'autre ;
- des facteurs de risque qui amplifient la réaction : tabac, diabète, stress, certains médicaments, obésité ;
- du temps : la parodontite s'installe sur des années, pas en quelques semaines.
Autrement dit, ce qui se transmet est un facteur de risque, pas la maladie. Une personne qui a une bonne hygiène, ne fume pas et n'a pas de terrain particulier peut héberger P. gingivalis toute sa vie sans jamais développer de parodontite.
Au sein du couple
Les études sur les couples montrent que le conjoint d'un patient atteint de parodontite a plus souvent des bactéries parodontales, et une prévalence un peu plus élevée de parodontite, que la population générale. Mais ces couples partagent aussi bien d'autres choses : l'âge, les habitudes d'hygiène, le tabac, l'alimentation, le stress. La part de la transmission bactérienne proprement dite est difficile à isoler et probablement modeste.
Ce que cela implique concrètement : si votre conjoint est traité pour une parodontite, il est raisonnable de faire contrôler vos propres gencives, non par crainte de contagion, mais parce que vous partagez un mode de vie. Les parodontologues recommandent parfois de traiter les deux conjoints de façon rapprochée lorsque tous deux sont atteints, pour limiter la recolonisation croisée après traitement. Il n'y a en revanche aucune raison de renoncer aux baisers ou de faire chambre à part.
Votre conjoint est traité pour ses gencives ?
Faites le point sur les vôtres en 2 minutes avec notre autodiagnostic, puis, si besoin, par un bilan au cabinet.
Des parents aux enfants
La transmission verticale, des parents aux enfants, est bien documentée, notamment pour A. actinomycetemcomitans, impliqué dans les parodontites précoces de l'adolescent et du jeune adulte. Les enfants de parents atteints d'une parodontite sévère ont un risque plus élevé de développer eux-mêmes la maladie, par la combinaison de trois facteurs : les bactéries transmises, les gènes hérités et les habitudes familiales d'hygiène.
Faut-il pour autant cesser d'embrasser ses enfants ? Non. Les recommandations sont de bon sens : ne pas partager les brosses à dents, éviter de goûter la cuillère du bébé ou de nettoyer sa tétine avec sa propre bouche (recommandation qui vaut surtout pour les bactéries de la carie), et surtout apprendre aux enfants une hygiène efficace dès le plus jeune âge. Chez un adolescent dont un parent a une parodontite sévère, un dépistage parodontal précoce est justifié : les formes précoces, rares mais rapides, se traitent d'autant mieux qu'elles sont prises tôt.
Contagion ou hérédité ?
Quand plusieurs membres d'une même famille « perdent leurs dents jeunes », on pense à la contagion. Il s'agit le plus souvent d'hérédité : les études sur les jumeaux estiment qu'environ la moitié de la variabilité de la susceptibilité à la parodontite est d'origine génétique. Certains variants de gènes de l'inflammation (interleukines, récepteurs de l'immunité) augmentent la réponse aux bactéries. À cela s'ajoutent des facteurs familiaux acquis : alimentation, tabagisme, rapport aux soins dentaires. La transmission bactérienne n'est qu'une pièce du puzzle.
Conséquence pratique : des antécédents familiaux de parodontite sont un motif de consultation préventive, indépendamment de tout symptôme, comme nous le rappelons dans quand consulter un parodontologue.
En pratique : ce qu'il faut faire, et ne pas faire
| Situation | Recommandation |
|---|---|
| Baisers, vie de couple | Aucune restriction. La transmission bactérienne existe mais ne fait pas la maladie. |
| Brosse à dents | Strictement personnelle, changée tous les 3 mois et après une infection. Rangée séparée des autres, tête en l'air pour sécher. |
| Couverts, verres | Pas de mesure particulière dans la vie courante. Éviter de partager pendant une infection aiguë (abcès, gingivite nécrosante). |
| Bébés et jeunes enfants | Ne pas goûter la cuillère, ne pas nettoyer la tétine avec sa bouche. Brossage dès la première dent, supervisé jusqu'à 7-8 ans. |
| Conjoint atteint d'une parodontite | Faire contrôler ses propres gencives ; traiter les deux conjoints de façon rapprochée si tous deux sont atteints. |
| Antécédents familiaux | Bilan parodontal préventif dès l'adolescence ou le début de l'âge adulte, puis suivi régulier. |
| Animaux domestiques | Les bactéries parodontales du chien ou du chat sont différentes ; aucune transmission de parodontite humaine documentée. |
Le facteur qui compte vraiment, pour vous comme pour vos proches, n'est pas de savoir qui a transmis quoi à qui : c'est ce que chacun fait, chaque jour, de sa brosse et de ses brossettes interdentaires. Au cabinet Parodonto'Lagny, à Lagny-sur-Marne, nous recevons volontiers les conjoints et les enfants de nos patients pour un dépistage.