La plupart des patients qui franchissent la porte d'un cabinet de parodontologie le font avec cinq à dix ans de retard. Non par négligence, mais parce que la maladie qui détruit le support de leurs dents ne leur a envoyé que des signaux discrets, faciles à minimiser : un peu de sang sur la brosse, une dent qui semble un peu plus longue, une haleine que le chewing-gum masque. Cet article dresse la liste de ces signaux, pour que vous puissiez consulter au bon moment, c'est-à-dire tôt.

Pourquoi la parodontite passe inaperçue

Contrairement à la carie, qui finit par faire mal, la parodontite évolue sans douleur pendant des années. L'inflammation chronique de la gencive et la destruction progressive de l'os ne stimulent pas les nerfs de la dent. La douleur n'apparaît qu'à des stades avancés : abcès, mobilité importante, dent qui « craque » en mastiquant. À ce moment-là, une part importante de l'os de soutien a déjà disparu, et ce capital ne se reconstitue pas de lui-même.

C'est pourquoi le dépistage repose sur des signes visuels et fonctionnels, que vous pouvez observer vous-même, et sur un examen que seul un praticien peut réaliser : le sondage parodontal.

Les 10 signes qui doivent vous amener chez un parodontologue

1. Vos gencives saignent

Au brossage, au passage du fil ou des brossettes, en croquant une pomme, ou spontanément sur l'oreiller : un saignement gingival est le signe d'une inflammation active. Contrairement à une idée répandue, il ne signifie pas que vous brossez « trop fort » et n'est pas une fatalité chez les personnes aux « gencives fragiles ». Une gencive saine ne saigne pas. Notre guide gencives qui saignent détaille les causes possibles.

2. Vos gencives sont rouges, gonflées ou lisses

Une gencive saine est rose pâle, ferme, avec un aspect finement granité (« en peau d'orange ») et un bord fin qui épouse le collet des dents. Une gencive inflammatoire devient rouge foncé, gonflée, brillante, et son bord s'arrondit. Voir gencives gonflées.

3. Votre haleine reste mauvaise malgré le brossage

L'halitose persistante a une origine buccale dans près de 90 % des cas, et les poches parodontales en sont une cause majeure : les bactéries anaérobies qui s'y développent produisent des composés soufrés volatils à l'odeur caractéristique. Si votre entourage vous en fait la remarque ou si le goût dans votre bouche est désagréable au réveil malgré une hygiène rigoureuse, faites vérifier vos gencives.

4. Vos dents paraissent plus longues

La gencive se rétracte et découvre la racine, plus jaune que la couronne. Des « triangles noirs » apparaissent entre les dents, là où la papille gingivale a fondu. Ce déchaussement peut avoir des causes mécaniques (brossage traumatique, gencive fine) ou traduire une perte osseuse sous-jacente.

5. Vos dents sont sensibles au froid, au collet

La racine exposée n'est pas protégée par l'émail : le froid, le sucre, le contact de la brosse déclenchent une douleur brève et vive. Cette sensibilité au collet est souvent le premier symptôme ressenti d'une récession gingivale.

6. Vos dents bougent ou se déplacent

Une légère mobilité physiologique existe, mais une dent qui bouge sous la langue ou sous le doigt, une incisive qui s'avance ou s'écarte de sa voisine, un espace qui s'ouvre entre les dents de devant sont des signes de perte osseuse avancée. Lisez dents qui bougent : ce symptôme impose une consultation rapide.

7. Du pus, un goût métallique, une gencive qui gonfle par épisodes

Une pression sur la gencive fait sourdre un liquide blanchâtre ; une petite boule douloureuse apparaît puis disparaît ; un goût désagréable persiste. Ce sont les signes d'une infection dans une poche parodontale, qui peut évoluer en abcès parodontal.

8. Vous mastiquez moins bien, ou vos dents ne « s'emboîtent » plus pareil

Quand les dents migrent, l'occlusion change : une sensation de dent « haute », des contacts inhabituels, une gêne à la mastication. Une prothèse amovible qui ne tient plus aussi bien peut également traduire une évolution parodontale des dents qui la supportent.

9. Un détartrage n'a pas suffi

Vous avez eu un détartrage, amélioré votre brossage, et pourtant les saignements persistent quelques semaines plus tard. C'est le signe que l'inflammation vient d'en dessous : le tartre sous-gingival, hors de portée du détartrage classique, n'a pas été éliminé. Un surfaçage radiculaire est probablement nécessaire. Voir aussi détartrage ou surfaçage.

10. Votre dentiste a mesuré des « poches » ou vu de la perte osseuse

Lors d'un contrôle, votre dentiste a mentionné des poches de 4, 5 ou 6 mm, une perte osseuse sur la panoramique, ou vous a conseillé de « voir un spécialiste des gencives ». Ne laissez pas ce conseil sans suite : c'est précisément le moment où un traitement bien conduit change le pronostic.

Vous reconnaissez un ou plusieurs de ces signes ?

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Faire l'autodiagnostic

Les profils qui doivent consulter sans attendre les symptômes

Certaines situations augmentent tellement le risque parodontal qu'un bilan de dépistage est justifié même en l'absence de tout signe.

  • Vous êtes diabétique. Le diabète multiplie le risque de parodontite par deux à trois, et la parodontite complique l'équilibre glycémique. L'Assurance Maladie prend d'ailleurs en charge le bilan parodontal et l'assainissement chez les patients diabétiques. Voir diabète et gencives.
  • Vous fumez. Le tabac est le premier facteur de risque évitable de parodontite ; pire, il masque les saignements en contractant les vaisseaux de la gencive, ce qui retarde le diagnostic. Voir tabac et gencives.
  • Vous êtes enceinte. Les hormones de la grossesse exacerbent l'inflammation gingivale ; une gingivite gravidique touche plus d'une femme enceinte sur deux. Voir gencives et grossesse.
  • Vos parents ont perdu leurs dents jeunes ou ont été traités pour un « déchaussement ». La susceptibilité à la parodontite comporte une part héréditaire.
  • Vous avez plus de 40 ans et n'avez jamais eu de sondage parodontal. La prévalence de la parodontite augmente nettement à partir de cet âge.
  • Vous envisagez des implants. Poser un implant sur un terrain de parodontite non traitée, c'est l'exposer à la péri-implantite. Le bilan parodontal est un préalable.
  • Vous envisagez un traitement orthodontique (y compris par gouttières). Déplacer des dents dans un os inflammatoire accélère sa destruction.
  • Vous prenez certains médicaments : anti-épileptiques, immunosuppresseurs, inhibiteurs calciques, dont certains provoquent un gonflement des gencives, ou des traitements qui assèchent la bouche.
  • Vous souffrez d'une maladie inflammatoire chronique : polyarthrite rhumatoïde, maladie cardiovasculaire, maladie inflammatoire de l'intestin. Le lien avec la parodontite est documenté, et certaines de ces pathologies ouvrent droit à une prise en charge des soins parodontaux.

Que se passe-t-il si l'on attend ?

La question mérite une réponse franche, parce qu'elle conditionne la décision de consulter.

Une gingivite traitée guérit sans séquelle en quelques semaines. Une parodontite de stade I ou II, prise en charge par un traitement non chirurgical, se stabilise dans la grande majorité des cas, avec des dents conservées et une esthétique préservée. Une parodontite de stade III ou IV demande souvent de la chirurgie, laisse des récessions et des espaces noirs, et le pronostic de certaines dents devient réservé. Au bout du chemin, la parodontite est la première cause de perte de dents chez l'adulte, devant la carie.

Il y a aussi un coût financier : le traitement d'une parodontite débutante se limite à quelques séances de surfaçage ; celui d'une parodontite avancée cumule chirurgies, greffes, parfois extractions et remplacement prothétique. Et un coût pour la santé générale, puisque l'inflammation parodontale est associée au diabète, aux maladies cardiovasculaires et à d'autres pathologies, comme nous l'expliquons dans parodontite et santé générale.

À retenir : l'os détruit par la parodontite ne repousse pas spontanément. Chaque année d'attente se paie en millimètres d'os perdus, et donc en options thérapeutiques en moins.

Les situations d'urgence

Certaines situations ne doivent pas attendre le prochain créneau disponible :

  • une gencive gonflée et douloureuse avec ou sans écoulement de pus, une sensation de dent « longue » et sensible à la pression : c'est probablement un abcès parodontal, qui nécessite un drainage rapide ;
  • une gencive qui saigne abondamment et spontanément, avec des ulcérations douloureuses, une haleine fétide, parfois de la fièvre : il peut s'agir d'une gingivite nécrosante, une forme aiguë qui touche surtout les jeunes adultes stressés et fumeurs ;
  • une dent très mobile après un choc ou brutalement, qui gêne la mastication.

En cas de fièvre, de gonflement du visage ou de difficulté à avaler, contactez rapidement un service d'urgence.

Et après la consultation ?

La première consultation chez le parodontologue aboutit à un diagnostic précis, une classification par stade et grade, et un plan de traitement écrit avec son devis. Dans les cas simples, le traitement se limite à l'apprentissage de l'hygiène et à une ou deux séances d'assainissement, suivies d'une maintenance. Vous trouverez le déroulement détaillé dans notre article première consultation chez le parodontologue.

Si vous habitez l'est de la Seine-et-Marne, le cabinet Parodonto'Lagny du Dr Rebecca Cohen, à Lagny-sur-Marne, vous accueille pour un bilan parodontal complet, sans ordonnance et sans nécessité d'être adressé.