Jusqu'en 2017, on parlait de parodontite « chronique » ou « agressive », des termes imprécis qui ne disaient ni l'étendue des dégâts ni le risque d'évolution. Le congrès mondial de Chicago, réunissant l'Académie américaine de parodontologie et la Fédération européenne de parodontologie, a remplacé ce système par une classification inspirée de l'oncologie : un stade et un grade. C'est celle qu'utilise aujourd'hui tout parodontologue, et c'est celle qui figure sur votre compte rendu de bilan parodontal.

Pourquoi une classification ?

Classer une maladie sert à trois choses : décrire précisément la situation d'un patient, choisir un traitement adapté, et comparer les situations entre elles, dans le temps et entre praticiens. La classification de 2017 a l'avantage de répondre à deux questions distinctes que les patients posent toujours : « C'est grave ? » (le stade) et « Ça va vite ? » (le grade). Elle intègre aussi, pour la première fois, la complexité du traitement et les facteurs de risque généraux.

Les 4 stades : la sévérité

Le stade décrit l'importance des destructions déjà survenues et la complexité de la prise en charge. Il est déterminé d'abord par la perte d'attache interdentaire au site le plus atteint (mesurée au sondage) et par la perte osseuse radiographique, puis affiné par les dents perdues à cause de la parodontite et par des facteurs de complexité.

Stade I
Débutante
Stade II
Modérée
Stade III
Sévère
Stade IV
Très sévère
Perte d'attache interdentaire (site le plus atteint)1 à 2 mm3 à 4 mm5 mm et plus5 mm et plus
Perte osseuse radiographiqueTiers coronaire (moins de 15 %)Tiers coronaire (15 à 33 %)Au-delà du tiers coronaireAu-delà du tiers coronaire
Dents perdues par parodontiteAucuneAucune4 au plus5 ou plus
Profondeur de sondage maximale4 mm au plus5 mm au plus6 mm et plus6 mm et plus
Facteurs de complexitéPerte osseuse surtout horizontalePerte osseuse surtout horizontaleDéfauts verticaux de 3 mm et plus, furcations de classe II ou III, crête modérément résorbéeBesoin de réhabilitation complexe : mobilité de degré 2 ou plus, migrations, effondrement de l'occlusion, moins de 20 dents restantes

En pratique, c'est le critère le plus sévère qui l'emporte : un patient avec 3 mm de perte d'attache mais une atteinte de furcation de classe II est classé en stade III. Le stade IV se distingue du stade III non par l'importance de la perte osseuse mais par ses conséquences fonctionnelles : dents mobiles ou migrées, mastication altérée, nécessité de contentions, de prothèses ou d'orthodontie.

L'étendue : localisée ou généralisée

Au stade s'ajoute une précision : la maladie est localisée si moins de 30 % des dents sont atteintes, généralisée au-delà. Une forme particulière, dite « molaires-incisives », touche électivement les premières molaires et les incisives, souvent chez le jeune adulte.

Les 3 grades : la vitesse

Le grade estime le risque de progression, la réponse attendue au traitement et l'impact sur la santé générale. Il repose sur des preuves directes (l'évolution mesurée sur des radiographies ou des chartings antérieurs, sur cinq ans) ou, à défaut, sur une preuve indirecte : le rapport entre le pourcentage de perte osseuse et l'âge. Il est ensuite modifié par deux facteurs de risque majeurs.

Grade A
Progression lente
Grade B
Progression modérée
Grade C
Progression rapide
Perte osseuse ou d'attache sur 5 ansAucuneMoins de 2 mm2 mm et plus
Perte osseuse (en %) divisée par l'âgeMoins de 0,250,25 à 1,0Plus de 1,0
Rapport destruction / quantité de plaqueBeaucoup de plaque, peu de destructionProportionnelDestruction disproportionnée par rapport à la plaque
TabacNon-fumeurMoins de 10 cigarettes par jour10 cigarettes par jour ou plus
DiabèteAbsent, glycémie normaleDiabète avec HbA1c inférieure à 7 %Diabète avec HbA1c de 7 % ou plus

Un exemple concret : un patient de 40 ans avec 40 % de perte osseuse a un rapport de 1,0, à la limite du grade C ; s'il fume un paquet par jour, il est classé grade C. Le même niveau de perte osseuse chez un patient de 70 ans non fumeur donne un rapport de 0,57 : grade B. Le grade B est retenu par défaut lorsqu'aucun élément ne permet de trancher ; il est ajusté en fonction des facteurs de risque.

Vous ne connaissez pas votre stade ?

Il se détermine par un sondage complet et des radiographies. Commencez par notre autodiagnostic, puis prenez rendez-vous pour un bilan.

Faire l'autodiagnostic

Lire un diagnostic complet

Un diagnostic parodontal s'écrit ainsi : « Parodontite [étendue], stade [I à IV], grade [A à C] ». Quelques exemples et leur traduction :

  • Parodontite localisée, stade I, grade A : perte d'attache minime sur quelques dents, progression très lente, chez un patient sans facteur de risque. Traitement simple, excellent pronostic.
  • Parodontite généralisée, stade II, grade B : la forme la plus fréquente chez l'adulte de 40 à 60 ans. Perte osseuse modérée sur la majorité des dents, progression régulière. Traitement non chirurgical, maintenance tous les 4 à 6 mois.
  • Parodontite généralisée, stade III, grade C : perte osseuse importante avec poches profondes, chez un fumeur ou un diabétique déséquilibré, ou chez un patient jeune. Traitement non chirurgical puis chirurgical probable, antibiotiques possibles chez le jeune adulte, maintenance rapprochée, sevrage tabagique impératif.
  • Parodontite généralisée, stade IV, grade B : dents mobiles et migrées, plusieurs dents perdues, mastication altérée. Traitement pluridisciplinaire avec contentions, orthodontie et remplacement des dents perdues après stabilisation.

Ce que le stade et le grade changent pour le traitement

La classification n'est pas un exercice académique : elle oriente directement les décisions, selon la séquence des quatre étapes du traitement parodontal.

  • Stades I et II : le traitement non chirurgical (hygiène + surfaçage) suffit dans la grande majorité des cas.
  • Stade III : le traitement non chirurgical reste la première étape, mais une chirurgie est souvent nécessaire sur les sites résiduels, avec des possibilités de régénération dans les défauts verticaux.
  • Stade IV : s'y ajoute une phase de réhabilitation, avec ses propres recommandations (2022).
  • Grade C : intervalle de maintenance raccourci (3 mois), prise en charge intensive des facteurs de risque, antibiotiques envisageables en complément du surfaçage chez le jeune adulte avec forme généralisée.
  • Grade A : intervalle de maintenance plus long, pronostic favorable.

Le grade a aussi une valeur d'alerte pour la santé générale : un grade C chez un patient non fumeur et sans diabète connu doit faire rechercher un diabète méconnu ou une autre pathologie, comme nous l'expliquons dans parodontite et santé générale.

Le diagnostic évolue-t-il ?

C'est une source fréquente d'incompréhension. Le stade ne diminue jamais : il décrit des destructions passées, qui ne se réparent pas spontanément. Un patient de stade III traité avec succès reste « stade III, parodontite stabilisée ». Il peut en revanche passer au stade supérieur si la maladie progresse. Le grade, lui, peut être révisé à la baisse si les facteurs de risque sont maîtrisés (arrêt du tabac, équilibre du diabète) et si le suivi montre une stabilité sur plusieurs années. C'est l'un des rares chiffres de votre dossier que vous pouvez améliorer vous-même.

Après traitement, l'état du parodonte est qualifié par des critères précis : la parodontite est stabilisée si moins de 10 % des sites saignent, sans poche de 5 mm ou plus ; en rémission si l'inflammation est réduite mais persiste sur quelques sites ; instable si des poches profondes saignent. Ces états sont détaillés dans peut-on guérir d'une parodontite ?

Gingivite, formes nécrosantes et autres catégories

La classification de 2017 couvre l'ensemble des maladies du parodonte :

  • la santé parodontale et la gingivite (inflammation sans perte d'attache), définies par le pourcentage de sites qui saignent : moins de 10 % pour la santé, 10 à 30 % pour une gingivite localisée, plus de 30 % pour une gingivite généralisée ;
  • les maladies parodontales nécrosantes, formes aiguës douloureuses avec ulcérations, chez les patients stressés, fumeurs ou immunodéprimés ;
  • la parodontite comme manifestation d'une maladie générale (maladies génétiques rares, certaines hémopathies) ;
  • les maladies péri-implantaires : mucosite et péri-implantite, classées pour la première fois ;
  • les conditions muco-gingivales : récessions, absence de gencive kératinisée, freins ;
  • les abcès parodontaux et les lésions endo-parodontales.

Au cabinet Parodonto'Lagny, à Lagny-sur-Marne, chaque bilan aboutit à un diagnostic formulé selon cette classification, expliqué avec le charting et les radiographies, et consigné dans votre dossier pour suivre l'évolution d'année en année.