C'est la question que chaque patient pose, en général avant même de s'asseoir : « Est-ce que ça se guérit ? » La réponse honnête tient en deux temps. Non, la parodontite ne se guérit pas au sens où l'on guérit d'une infection aiguë : c'est une maladie chronique, liée à votre terrain, qui peut se réveiller. Mais oui, elle se stabilise, dans la grande majorité des cas, et une parodontite stabilisée et suivie permet de garder ses dents toute sa vie. Cet article explique précisément ce que le traitement peut obtenir, et ce qu'il ne peut pas.
Pourquoi on parle de « stabilisation » et non de « guérison »
La parodontite résulte d'une réaction inflammatoire excessive de votre organisme face au biofilm bactérien qui s'accumule sous la gencive. Cette réaction dépend de votre génétique, de votre système immunitaire, de vos facteurs de risque. Le traitement élimine le biofilm et calme l'inflammation ; il ne modifie pas votre susceptibilité. Si le biofilm se réinstalle, l'inflammation reprend. C'est en cela que la parodontite ressemble à l'hypertension ou au diabète : une maladie que l'on contrôle plutôt qu'une maladie que l'on efface.
La classification internationale de 2017 a d'ailleurs consacré cette idée : un patient traité avec succès est dit en situation de « santé parodontale sur parodonte réduit » ou de « parodontite stabilisée ». Il reste, à vie, un « patient parodontal », avec un stade qui ne diminue jamais (une parodontite de stade III stabilisée reste de stade III) et une maintenance à suivre. Cette terminologie n'est pas pessimiste : elle est réaliste, et elle protège contre l'illusion d'un traitement « une fois pour toutes ».
Ce que le traitement fait disparaître
Ce que vous pouvez attendre, concrètement, d'un traitement bien conduit, tel que décrit dans les 4 étapes du traitement parodontal :
- Les saignements : ils disparaissent en quelques semaines, dès que l'inflammation régresse. C'est souvent le premier signe que le traitement fonctionne.
- L'inflammation : gencives rouges, gonflées, douloureuses retrouvent une couleur rose, une texture ferme et un contour net.
- La mauvaise haleine d'origine parodontale, liée aux bactéries des poches, disparaît.
- Les poches se referment : la gencive se réattache à la racine nettoyée, et les profondeurs de sondage reviennent à 4 mm ou moins sur la plupart des sites. Sur les poches profondes, la réduction moyenne est de 1 à 2 mm après le surfaçage, davantage après chirurgie.
- La mobilité légère diminue, l'inflammation du ligament s'estompant. Une mobilité importante liée à une perte osseuse majeure ne se corrige que partiellement, parfois par contention.
- La progression s'arrête : plus de perte osseuse. C'est l'objectif central, et le plus important pour l'avenir de vos dents.
Ce qui ne revient pas
C'est ici que la franchise s'impose, parce que les patients découvrent parfois ces conséquences après le traitement et croient à un échec, alors qu'elles étaient prévisibles :
- L'os perdu ne repousse pas spontanément. Une perte osseuse horizontale, la plus fréquente, est définitive.
- Les papilles, ces petits triangles de gencive entre les dents, ne se reforment pas lorsque l'os qui les soutenait a disparu. Il en résulte des « triangles noirs » entre les dents, plus visibles après traitement, car la gencive dégonflée n'occupe plus l'espace.
- Les récessions apparaissent ou s'accentuent : en guérissant, la gencive se rétracte au niveau de l'os restant, les dents paraissent plus longues. Ce n'est pas le traitement qui déchausse ; c'est la maladie qui avait détruit le support, et le traitement qui révèle le résultat.
- La sensibilité au froid des racines découvertes peut persister quelques semaines à quelques mois, atténuée par des dentifrices adaptés ou des vernis.
- Une dent perdue reste perdue : c'est pourquoi la précocité du traitement change tout.
Une image utile : la parodontite est un incendie dans une maison. Le traitement éteint le feu, définitivement si l'on surveille. Mais il ne reconstruit pas ce qui a brûlé. Plus l'incendie est éteint tôt, moins il y a de dégâts.
Ce qui peut être réparé
Dans certaines situations, la chirurgie parodontale permet d'aller au-delà de la stabilisation :
- La régénération des défauts osseux profonds et étroits (lésions intra-osseuses, certaines atteintes de furcation) à l'aide de protéines amélaires, de substituts osseux ou de membranes : gain d'attache de 1 à 3 mm en moyenne, amélioration du pronostic de la dent.
- Les greffes de gencive recouvrent les récessions dans les cas favorables (papilles conservées), avec 70 à 90 % de recouvrement, et rétablissent l'esthétique et le confort.
- Les triangles noirs peuvent être atténués par des techniques restauratrices (remodelage des dents, composites) ou orthodontiques, à discuter au cas par cas.
- Les dents perdues peuvent être remplacées, une fois la maladie stabilisée, par des implants ou des prothèses, avec une surveillance particulière du risque de péri-implantite.
Vous voulez savoir ce qui est encore récupérable dans votre cas ?
Seul un bilan avec sondage et radiographies permet de le dire. Commencez par notre autodiagnostic, puis prenez rendez-vous.
La définition officielle d'une parodontite stabilisée
Le consensus international de 2017 a fixé des critères précis pour parler de parodontite stabilisée, ceux que votre praticien vérifie à la réévaluation et à chaque séance de maintenance :
- saignement au sondage sur moins de 10 % des sites ;
- aucune poche de 5 mm ou plus ;
- aucun site de 4 mm qui saigne.
Entre ces critères et une parodontite active, il existe un état intermédiaire dit « en rémission », avec un saignement réduit et quelques poches résiduelles, qui demande une surveillance rapprochée. Ces définitions ont l'avantage d'être mesurables : votre charting vous dit, chiffres à l'appui, où vous en êtes.
Ce qui fait la différence entre stabilité durable et rechute
- La précocité du diagnostic. Une parodontite de stade I ou II se stabilise avec un traitement simple et des séquelles minimes ; un stade IV mobilise chirurgie, contentions, prothèses, avec un pronostic plus incertain. Lire quand consulter un parodontologue.
- Votre hygiène quotidienne. Elle représente la moitié du traitement. Sans nettoyage interdentaire efficace, le biofilm se reconstitue et le traitement professionnel ne tient pas. Voir brossettes interdentaires.
- Le tabac. Les fumeurs répondent moins bien au traitement, cicatrisent moins bien, rechutent plus. L'arrêt du tabac est le geste qui améliore le plus le pronostic après l'hygiène.
- Le diabète et les autres facteurs généraux, qui doivent être équilibrés avec votre médecin.
- La maintenance. C'est le facteur pronostique le mieux documenté : les patients suivis tous les 3 à 6 mois conservent leurs dents, ceux qui abandonnent rechutent.
Peut-on guérir naturellement, sans dentiste ?
Internet regorge de remèdes : huile de coco, bicarbonate, aloe vera, huiles essentielles, bains de bouche au sel, compléments alimentaires. Soyons clairs. Une gingivite débutante peut régresser si l'on améliore radicalement son brossage et son nettoyage interdentaire : ce n'est pas le remède qui agit, c'est l'élimination mécanique de la plaque. En revanche, aucune méthode naturelle n'élimine le tartre sous-gingival ni ne referme une poche parodontale. Aucune étude ne montre qu'un produit naturel stabilise une parodontite installée. Le temps passé à essayer ces solutions est du temps pendant lequel l'os continue de se détruire. Certains produits, utilisés en complément d'un traitement professionnel et d'une bonne hygiène, sont inoffensifs ; ils ne sont jamais une alternative.
Le risque de rechute
Une parodontite stabilisée peut se réactiver, en général de façon localisée sur quelques sites, à la faveur d'un relâchement de l'hygiène, d'une reprise du tabac, d'un déséquilibre du diabète, d'un stress important ou de l'abandon de la maintenance. La bonne nouvelle est que ces réactivations, détectées tôt par le sondage en maintenance, se traitent par un simple surfaçage localisé. La mauvaise nouvelle est qu'elles sont silencieuses : sans suivi, elles ne sont découvertes que lorsque les dégâts sont faits. La maintenance parodontale est précisément le dispositif qui transforme une maladie chronique en maladie contrôlée.
Au cabinet Parodonto'Lagny, à Lagny-sur-Marne, nous préférons annoncer dès la première consultation ce que le traitement obtiendra et ce qu'il n'obtiendra pas : un patient qui sait à quoi s'attendre est un patient qui tient dans la durée.